Témoignage : « Deux mois en Australie avec une inconnue »

Tout est parti sur un coup de tête. En mars 2014, faute de perspectives professionnelles concrètes, je décide de plier bagages. Objectif : profiter de la vie et voir du pays. Rapidement, l’Australie s’impose. Pourquoi ? C’est loin, exotique, et depuis mon enfance, l’idée a fait son chemin. Ok, avant de poser le pied sur l’ile continent, l’Australie pour moi c’était plutôt ça :

47_bernard-et-bianca-au-pays-des-kangourous Credit : Disneypixar.fr

Très vite, j’ai sondé mon entourage. Il y a ceux qui bossent (c’est quoi un CDI ?), ceux qui sont fauchés et… ceux qui n’osent pas se lancer (Paris-Sydney 17.000 km  , même pas peur). Concrètement, à part deux ou trois personnes éventuellement tentés : « hum… il faut voir »), je n’ai pas eu le choix. Je me suis tournée vers Internet.

Soyons honnête : l’idée fait peur. Qui veut rester coincé plusieurs mois dans un van H24 avec un parfait inconnu ? Or, partir seule m’effraye encore plus.

En voyageant, je me suis rendue compte qu’au final, on passe rarement du temps seul. Trouver quelqu’un sur place est chose assez aisée. Dénicher un co-traveller pour arpenter la côte Est ne prend que quelques heures.

Pour des raisons de sécurité mais aussi de confiance en moi, je préférais régler cela avant de décoller.

J’ai donc posté plusieurs annonces sur des sites (lire ici). Au bout de quelques jours, plusieurs personnes m’ont contactée. Des femmes majoritairement, de tout âge (une quinquagénaire m’a également répondue) et profession.

Premier contact

L’itinéraire et la durée de voyage m’ont permis de réduire la sélection. Rapidement, j’ai pris contact avec une Belge de 22 ans, contactée via le lonelyplanet.com.  Nous souhaitions partir fin septembre et revenir à la fin de l’année pour des raisons professionnelles et familiales.

Nous avons d’abord échangé sur Skype. Une fois la gêne estompée, le contact est bien passé. De quoi a-t-on parlé ? De notre vision du voyage, de nos désirs de parcs nationaux, de randonnée mais aussi de croisière sur la Grande barrière de corail ou de brunch à Melbourne. Mes premières impressions étaient positives.

Je ne souhaitais pas partir avec un(e) francophone pour ajouter au dépaysement et pratiquer l’anglais. Ma covoyageuse est certes belge, mais flamande. Comme beaucoup d’habitants de pays nordiques, son anglais était très bon et son français scolaire. Nous échangions donc majoritairement dans la langue de Shakespeare. A la suite de cela, nous nous sommes écrits quasi quotidiennement par texto (Whatsapp mon amour). C’était en avril 2014.

En chair et en os

Au bout de quelques semaines, les prix des billets d’avion ont grimpé en flèche. Nous avons pris le risque de les réserver avant de nous rencontrer « en vrai ». Celle-ci a été fixée en juillet. J’habitais à l’époque en Pays de la Loire, elle près de Gant, en Belgique. Coordonner nos emplois du temps n’a pas été facile.

Fin juillet, c’est l’estomac noué que j’ai emprunté le TGV Angers-Lille. J’allais passer trois jours avec une inconnue, avec le risque de ne pas l’apprécier ou de n’avoir rien à lui dire. Et dans ce cas, je me trouvais avec 1.000 € de billet sous le coude. Bref, l’angoisse.

Heureusement, ces trois jours en Belgique se sont très bien passés. Bruges, Bruxelles, les fêtes de Gant : j’ai découvert des villes magnifiques, une gastronomie délicieuse, et surtout une personne drôle et sympathique. Coup de chance, c’était réciproque. Deux mois jour pour jour plus tard, nous décollions ensemble de Roissy CDG. Direction ce pays fabuleux qu’est l’Australie.

Deux mois h24 ensemble, ça se vit comment ?

Soyons honnête, ce n’est pas facile. Mais voyager avec inconnu ou son meilleur ami ne change pas grand chose au final. Passer TOUT son temps avec la même personne n’a rien d’idyllique. Qu’elle soit gentille ou exaspérante. Que l’on la connaisse ou pas. J’aime mes amis mais je ne partirai jamais en vacances avec certains d’entre eux.

Ce qui compte c’est de prendre sur soi, d’être patient et surtout d’être complémentaire. Ensemble, deux angoissés vont tout anticiper, penser au pire et se choper des ulcères. Deux freak control vont tenter un concours de la meilleure idée et deux « je-m’en-foutiste » vont percuter un kangourou, surpris par la nuit (en septembre-octobre en New South Wales, elle tombe à 17 h).

Plusieurs conseils

  • Ne pas hésiter à faire des activités chacun de son côté. Un van pour deux dans un pays grand comme l’Europe réduit forcément les possibilités. Nous avons réussi … un petit peu. Ma co-voyageuse a pris des leçons de surf à Agnès Water (Queensland), chose que je n’ai pas voulue essayer. De mon côté, j’ai pris du temps pour moi.. en faisant la loutre sur la plage.
  • Rencontrer d’autres gens. C’est l’essence même du voyage. Les campings, supermarchés et bars sont plein de gens comme vous, des voyageurs avides de bons plans (massivement des Européens, surtout sur la côte Est). Avantage de l’Australie : son immensité. Ainsi, de nombreux locaux enfourchent leur camping-car à la découverte de ses grandeurs nationales. Et comme tout le monde, parce que ce n’est pas (trop) cher, ils vont au camping. Nous avons énormément échangé avec des couples (tous retraités, ne le cachons pas. Et oui, un camping-car coûte un bras). Cela n’avait rien d’ennuyeux, au contraire. Confronter les visions sur ce pays jeune, dont les mutations sont récentes et dont les acteurs sont encore de ce monde, est passionnant.
  • Les excursions en tour opérateur (à Fraser Island, Whitsundays islands, etc.) proposent des séjours d’un à trois jours à une vingtaine de personnes. Les repas et balades sont toutes faites en groupe, ce qui facilite les échanges. Ambiance Erasmus garantie.

Et en cas de conflit ?

A titre personnel, cela nous est arrivé une fois. Pour une raison si bête que je ne la citerai pas. Après plus d’un mois de voyage. En plein centre du pays, à Marla (450 km d’Alice Springs, 1070 km d’Adélaïde), le soir d’une tempête de sable qui plus est (soirée pourrie bonjour). Il nous restait encore la moitié du séjour à effectuer. Bref, une situation très inconfortable.

Toutefois, elle a permis une chose : crever l’abcès. Les petits défauts de chacun peuvent devenir très agaçants lorsque l’on les voit quotidiennement. Plutôt que de les pointer un par an (cela peut se faire dans les deux sens bien sur), il faut faire le tri entre ceux qui ont une réelle incidence sur le voyage (indécision, angoisse) et ceux qui n’en ont aucune.

La diplomatie est la clef. Dans mon cas, j’ai longtemps gardé en mon fort intérieur des choses que je n’aurais pas dues. En parler, même en criant, soulage. Une fois cette terrible soirée passée (et après avoir survécu à la tempête de sable!), le climat s’est apaisé. Et on s’est franchement bien marré.

Le bilan

Un voyage rapproche forcément. Qu’il y ait eu des conflits ou non. Faire un road trip en van nous pousse dans nos retranchements, nous sort de notre zone de confort. Tomber en panne, affronter le climat ou conduire à gauche nous a énervé, fait paniquer. On a parfois été désagréables envers l’autre. Nous nous sommes apprivoisées et avons appris beaucoup sur les relations humaines.

Je sais désormais dire « Je dois faire pipi » en néerlandais (on ne sait jamais, ça peut servir…). Que trois langues sont reconnues comme langues officielles en Belgique mais que le roi prononce ses voeux dans deux d’entre elles.

J’ai pris un risque en partant avec une inconnue, c’est vrai. Mais je ne le regrette pas.

Le voyage s’est achevée le 26 novembre 2014. Depuis, nous sommes toujours en contact. Nous avons ce besoin de partager nos souvenirs. Pour ne pas oublier. Nous sommes liées à jamais par ce voyage.IMG_0314

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